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Frère James nous raconte son expérience de pastorale et d'éducation en Angleterre et l'importance de la musique dans l'accompagnement des jeunes aujourd'hui. Récit ...

 

Le fil rouge : Bonjour Frère James, peux-tu te présenter aux internautes et dire ce que tu fais à Liverpool ?

Frère James : Je m’appelle Frère James Hayes. Je suis un Frère de Ploërmel anglais (ou plutôt anglo-irlandais... mes parents sont irlandais d'Irlande du Sud.) Je suis né à Southampton dans le sud de l’Angleterre (tout comme mes 4 frères et soeurs) où mes parents se sont installés après leur mariage en Irlande en 1950. J’étais élève au collège-lycée des Frères de Ploërmel à Southampton. À l’âge de 17 ans j’ai exprimé le désir de devenir moi-même Frère. Je voulais aussi faire une licence en musique, car je sentais que la musique était liée à ma vocation de Frère. Or, c’est seulement pendant les années suivantes que j’ai peu à peu commencé à comprendre l’importance de ma formation de musicien pour ma vocation religieuse et comment les deux font une unité en moi. J'ai fait la demande d’entrer en fac de musique à Liverpool pour y vivre en communauté avec des Frères pendant ma licence et ainsi tester ma vocation. Ensuite, une année de noviciat à Ciboure, près de St. Jean-de-Luz (1990-91), une année de formation pour être prof à Liverpool, 3 ans d’enseignement à St. Francis Xavier's College - Liverpool (notre collège-lycée), 4 ans d’études à Paris (théologie et philosophie) et maintenant 5 ans d’enseignement à Liverpool encore.

Depuis 2 ans j’ai le poste de “Chaplain”... pas tout à fait la même chose que l’animateur en pastorale. C’est plus proche d’un aumônier, quelqu’un qui essaie d’animer la vie spirituelle de l’établissement en organisant des liturgies par année scolaire (dans mon cas avec des prêtres des paroisses environnantes). Quelqu'un qui essaie d’être présent dans l’établissement de manière “autre” qu’un prof, à l’écoute de tous, qui est disponible si un élève (ou un prof) veut lui parler de problèmes personnels (deuil, maladie...), qui organise des groupes d’action caritative, des groupes de prière, des retraites... etc....

J’enseigne aussi à mi-temps (13 heures) : Film Studies (Etudes du cinéma) en 1ère et terminale, la musique en 1ère et 6ème, et la catéchèse (religious education) en 5ème... ce qui parfois complique ma tâche de Chaplain, car en tant que prof je dois toujours garder une autorité disciplinaire. Je dirige aussi l’orchestre symphonique des élèves et un groupe de rock de profs qui anime nos messes et qui joue à des soirées de parents d’élèves/profs. Dans une paroisse locale, je m’occupe d’un groupe de jeunes musiciens qui anime une messe “rock" tous les dimanches soirs, et de temps en temps, j'anime des messes dans d'autres paroisses le samedi soir.

Le fil rouge : Quelles sont tes grandes joies dans ce que tu vis en pastorale et en éducation ?

Frère James : Quelles sont mes grandes joies... en pastorale et en éducation ? D'abord, le fait de pouvoir partager dans mon apostolat d'animateur liturgique un style de musique chrétien qui me nourrit énormément dans ma propre vie spirituelle et qui, je crois, donne aux gens (surtout aux jeunes) d'aujourd'hui une piste pour se rapprocher de Dieu et de mieux le connaître. 

Deuxième grande joie : de travailler avec les jeunes, d'avoir le privilège de partager leur vie, de cheminer avec eux. Ici, à Liverpool cette joie est amplifiée par le caractère des gens d'ici : ouverts, francs, joyeux, plein d'énergie et de vie (tout comme les bretons !!! ;-) 

Le fil rouge : Vous vous rapprochez un peu plus du réseau mennaisien en France. Quel en est l’intérêt mutuel ?

Frère James : Ici en Angleterre, nous ne sommes pas très nombreux en tant que Frères (8 au total), et moi, je suis de loin le plus jeune. Donc, le soutien des Frères français m'est très important. Les rassemblements du Réseau Mennaisien Jeunes donnent aux jeunes que j'emmène avec moi de Liverpool l'occasion de faire une expérience de communauté et de partage (aux niveaux spirituel et culturel) qui nous est difficile d'organiser chez nous avec seulement deux collèges-lycées et une école primaire. Ils donnent aussi l'occasion de rencontrer d'autres Frères et de découvrir de nouveaux horizons. Pour nous tous, français et anglais, un tel rapprochement, dont les rassemblements sont un symbole concret, nous permet d'aller au-delà des idées reçues sur ses voisins européens, de mieux connaître l'autre, de découvrir ce qui nous uni et ce que nous avons en commun, de créer des amitiés... de se sentir parti d'une famille spirituelle plus grande.

Le fil rouge : La musique occupe une place importante dans ta vie. Que nous apporte-t-elle ?

Frère James : En général, la musique et le chant ont le pouvoir de nous toucher au plus profond et, je crois, d'ouvrir nos coeurs à son Esprit. Encore plus, donc, ces chants chrétiens modernes (avec des paroles de louange, de supplication, de prière...), qui sont vraiment pour moi une passion, une source de dynamisme qui m'anime. Car, j'y trouve Dieu, et en même temps le désir de le partager avec les autres, de partager ce qu'il a fait pour moi, ce qu'il m'a donné. À travers ces chants je me sens invité à entrer en une relation plus intime avec Dieu, et en même temps d'aller vers les autres et de partager avec eux les fruits de cette relation. Cette dynamique devrait être au coeur de toute vie spirituelle chrétienne : union avec Dieu et mission.

Le fil rouge : Peux-tu nous partager un message d’espérance aujourd'hui ?

Frère James : Un message d'espérance ... Deux jeunes anglais qui me disent indépendamment dans l'espace de quelques jours qu'ils veulent être Frère. Les premiers témoignages de ce type que nous avons entendu de la part des jeunes en Angleterre depuis le moment où j'ai moi-même annoncé que je voulais être Frère il y a  19 ans ! Et ceci, juste quelques jours après ma nomination officielle comme responsable de la pastorale des vocations en Angleterre ! Tous les deux sont très jeunes (17 et 14 ans) et ils ont beaucoup de chemin à faire encore, mais c'est quand même un signe que Dieu continue à appeler et que peut-être les choses sont en train d'évoluer.

Propos recueillis par Frère Patrick le Roux

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