Expériences éducatives et pédagogiques

« Histoire et mémoire »

Du 26 au 30 septembre 2005

 

Ce voyage nous a amené à côtoyer le passé, le présent et l’avenir pendant une semaine. Il a largement dépassé nos espérances par rapport aux objectifs pédagogiques, culturels, relations humaines et spirituels. Le groupe comprenait 39 élèves bilingues avec une répartition de 18 collégiens de Ste Marie et 21 lycéens de St Thomas de Saint Jean de Luz (64). Les jeunes ont de suite sympathisé et l’état d’esprit du groupe fut excellent du début jusqu’à la fin. Les visites nous ont permis de vivre des moments extrêmement forts en émotions individuelles et collectives.

 

Journée du mardi 27 septembre

Le musée de Verdun (Mémorial de Fleury) a surpris par la richesse des collections et la qualité du film de présentation de la bataille. Les élèves pendant la pause ont pu se rendre compte du relief bouleversé des sous-bois ainsi que d’une végétation très récente. Certains ont pu aisément repérer les tranchées.
La visite du fort de Douaumont les a plongés dans l’atmosphère de promiscuité, d’humidité et d’obscurité quotidienne des soldats. Le guide en évoquant les combats a retranscrit la torpeur et la violence qui régnaient dans le fort. Ce fut une visite impressionnante. Nous n’avons eu aucun mal à comprendre pourquoi les hommes devenaient fous à cause de l’odeur pestilentielle et de l’abasourdissement provoqué par les bombardements. La commémoration à l’ossuaire de Verdun fut émouvante, le chant des jeunes est monté dans le silence du dôme du bâtiment.

La journée du mercredi 28 septembre restera longtemps dans les mémoires.

Durant la matinée nous avons accueilli deux anciens déportés, M. MONTAL et l’abbé GRIVEL, arrêtés pour fait de résistance et déportés respectivement à 15 et 17 ans. En provenance d’Epinal, ils ont parcouru 100 km pour venir nous rejoindre. Les jeunes dès leur arrivée les ont accueillis et entourés.

Le temps fut humide, froid venteux et brumeux. Ceci conféra au camp une vision ténébreuse qui nous plongea dans une atmosphère presque irréelle. Les déportés ont évoqué leur captivité, leurs souffrances et la solidarité. La visite du crématoire, du laboratoire d’expériences pseudo-médicales et de la prison ont fait ressurgir chez eux des souvenirs terrifiants, la disparition d’anciens camarades les laissa parfois sans voix, la gorge serrée, les jeunes très touchés restaient silencieux et plein de compassion. L’attention et le recueillement étant présents, la visite se prolongea et dépassa l’heure de fermeture. Nous sommes donc restés seuls dans un camp désert et nous sommes remontés assez affectés depuis le bas du camp. Le retour s’effectua dans un profond recueillement toujours en écoutant les anecdotes de nos accompagnateurs, notamment celles de l’abbé, sur le refus de la haine, le partage, la camaraderie, la méfiance vis-à-vis du nationalisme et de son endoctrinement quelque soit son origine.
De retour au centre d’hébergement, les élèves sous la conduite de Laida Harlouchet et sur l’air d’accordéon de Maider Mendionde, ont offert « zazpi jauziak » (danse) et ont remis les cadeaux souvenirs à des anciens heureux et étonnés par leur démarche.

 

 

Après une pause dans l’après-midi, « nous nous sommes mis sur notre trente et un », direction le parlement européen de Strasbourg. L’immensité du hall d’entrée et l’originalité architecturale ont séduit le groupe, déjà impressionné. Le passage en règle à la sécurité et notre présence à la tribune pendant un débat entre députés leur a permis de prendre la dimension du parlement même si très peu de députés assistaient à la séance (un vote décisif avait eu lieu à 13 h).

Nous avons gagné une des salles de conférence du parlement où vinrent nous rejoindre M. Cavada puis Mme Laperrouze, également députée. M. Cavada a mis en confiance les élèves et a répondu à leurs questions, même les plus simplistes. Ils ont ainsi abordé les valeurs de l’Europe (refus de l’égoïsme mais partage entre Européens), du souvenir des luttes fratricides passées, de l’élargissement vers l’Est, de la polémique sur l’adhésion éventuelle de la Turquie, de l’environnement et du non français et néerlandais à la constitution, un «  attentat contre l’avenir » selon les termes de M. Cavada. Le député nous a fait l’amitié de rester deux heures entières avec le groupe. La séance s’est terminée par la danse solennelle «  aurresku » effectuée en costumes par Luce Schreiber et Nahia Larralde.
Nous sommes rentrés au foyer comblés par rapport à la qualité de la réception, au travail accompli et à toutes les valeurs que nous avons reçues. Une journée où le matin nous étions aux portes d’un passé tragique et une soirée où nous pouvions mesurer la réussite du projet européen mais aussi ses incertitudes actuelles et ses défis à venir. Les jeunes ont vivement ressenti l’importance de l’Union et de l’engagement à avoir. M. Cavada n’a pas manqué de rappeler que la paix est comme un mur dont il faut continuellement surveiller les lézardes pour éviter qu’il ne s’effondre du jour au lendemain et que le vote était un devoir fondamental.

La journée du jeudi 29 septembre : visite du Conseil de l’Europe

Mme. Klein nous a reçus très chaleureusement et sa gentillesse nous a maintenus sur notre nuage. Tout se déroulait idéalement, une projection sur l’Europe nous permettait de retrouver les grandes lignes du projet : la croisée des chemins entre passé et avenir… Visite de l’hémicycle. Un petit « eskerrik asko et agur » de sa part ponctuait la visite. Notre cadeau de remerciement toucha notre hôte.

Sur proposition du chauffeur nous avons pique-niqué au centre-ville, sous une pluie fine et pénétrante… Puis ayant visité la cathédrale et acheté les cadeaux souvenirs nous sommes rentrés à Reims puis à Saint-Jean-de-Luz. Un retour en danses et en musique grâce aux jeunes. Ceci couronnait l’ensemble du périple par une note festive.

Accompagnement pastoral :

L’abbé Jean-Paul Martinon a proposé chaque matin en français et en basque des lectures de textes et de prières qui amenaient les élèves à quelques minutes de réflexion spirituelle. Elles étaient en rapport avec les visites de la journée. La matinée du mercredi, il proposa aux volontaires une messe dédiée aux souvenirs de tous les disparus.
Cet accompagnement pastoral était certainement attendu. L’abbé était content du respect et de l’accueil des jeunes ainsi que de l’initiative de la part d’un établissement catholique de proposer dans ce projet un temps spirituel.

La première partie du projet s’est achevée mais la deuxième partie commence, les jeunes sont très enthousiastes quant à la réalisation du CD-Rom en trois langues sur les thèmes du voyage pour mai 2006.

Peïo CHAUVIN – Professeur au Collège Ste-Marie de St-Jean de Luz
                       

 
[ Retour ]