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Une semaine pour mieux connaître Jean-Marie
de la Mennais...
Chaque jour, un moment de sa vie raconté.
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1786 – St Malo. Chez
les la Mennais, rue Saint-Vincent.
Jean-Marie rentre précipitamment à la
maison.
«
Maman, maman ! Les bateaux que papa avait envoyés
chercher du blé pour la ville de Saint Malo
viennent d’entrer dans le port.
- Qui a bien pu te donner une telle nouvelle ?
- Personne, je les ai vus moi-même.
- Comment cela ?
- Ce midi, après le repas, j’ai suivi
papa qui se rendait sur le port… Tu sais, c’était
très beau, ces bateaux, toutes voiles dehors,
qui rentraient chargés de blé pour les
gens d’ici. Je les ai entendus. Ils disent que
papa est quelqu’un de généreux
: il vend ce blé sans prendre de bénéfice.
Mais d’où vient-il ce blé ?
- Oh, ton père l’a achète à
Riga en Lettonie.
- Moi, je suis fier d’être son fils. Avec
cette cargaison, il va sauver la vie des Malouins.
- C’est vrai mais je ne veux pas que tu ailles
seul au port… »
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1793
– St Malo, pendant les jours de la « Terreur
»
Dans son cahier, voici ce que Jean-Marie note, ce
soir-là.
«
Tout à l’heure, en passant par la porte
Saint-Vincent, j’ai croisé un jeune marin.
Il avait l’air hésitant. J’étais
persuadé que c’était un prêtre
qui se cachait sous ce déguisement de marin.
J’en étais sûr ! Je l’ai
abordé :
- Vous êtes prêtre, n’est-ce pas
? Venez chez nous ; mon père vous attend !
Discrètement, il m’a suivi jusqu’à
la maison. Tout en haut de la maison, dans une mansarde,
il a célébré la messe.
Gagné ! C’est super…Jamais, jusqu’ici,
je ne me suis trompé. Les prêtres, je
sais les reconnaître du premier coup d’œil
!
Avec Amélie, ma voisine, nous avons imaginé
un code : quand tout est calme dans la rue, elle met
un foulard blanc à
sa fenêtre ; s’il y a danger, elle met
un foulard rouge. Ainsi, lorsque je rentre avec un
prêtre pour le cacher, je sais si je peux rentrer
ou passer mon chemin. »
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1793
– St Malo, un mois plus tard. Ce soir-là,
en regardant la lune
et les étoiles, Jean-Marie repense à
ce qui s’est passé le matin.
«
… Cette nuit, je l’ai échappé
belle ! Ce clair de lune était si fort que
j’ai cru que c’était déjà
le matin. Je croyais même être en retard
pour servir la messe de l’abbé Engerrand
qui se cache dans la ville.
Je courais pour m’y rendre quand je suis tombé
sur une patrouille de gendarmes. Ils m’ont interpelle.
- Qui va là ?
Je ne me suis pas démonté. J’ai
répondu :
- Mais quelle heure est-il donc ?
- Quatre heures, petit !
Je les ai remerciés…
- Merci ! Et salut, citoyens !
J’ai bien fait de me sauver avant qu’ils
ne se ressaisissent et m’emmènent au
cachot. La prochaine fois, il faut que je fasse attention.
Un jour, je me ferai prendre et je finirai comme tous
ces religieux exécutés sur la place
publique. »
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Paris
– 25 février 1804
Jean-Marie vient d’être ordonné
prêtre. Il a 24 ans. Il écrit à
son frère.
«
Féli,
Quel grand jour pour moi ! Voilà si longtemps
que j’attendais ce moment : donner toute ma
vie à Dieu en étant prêtre. Je
sais bien que tout n’est pas joué d’avance.
C’est tous les jours qu’il me faudra dire
oui.
Je ne peux que remercier le Seigneur d’avoir
mis sur ma route toutes ces personnes qui m’ont
aidé à grandir : nos parents, tous ces
prêtres que nous avons accueillis à la
maison, Monseigneur de Pressigny, lui que j’avais
voulu suivre alors que je n’avais que dix ans
lorsqu’il fuyait la terreur et toi, féli,
mon frère.
Tu sais, il y a tant de choses à faire après
cette révolution. Que choisir ? Former les
prêtres ? Fonder des écoles ? Publier
des journaux ? Partir en mission ?
Féli, je compte sur toi pour m’aider…
Ton
frère,
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1815
– Sur la route entre Auray et Saint-Brieuc,
à cheval,
l’Abbé Jean-Marie repense à son
entrevue d’Auray.
«
Ce jour – J’ai rencontré l’Abbé
Gabriel Deshayes, curé d’Auray –
Tous les deux, nous avons le même projet : former
des maîtres chrétiens et ouvrir des écoles
– Il a déjà commencé :
il accueille chez lui quelque volontaires –
Il leur apprend les rudiments du métier d’instituteur
– Cette rencontre m’a confirmé
dans ma recherche, c’est bien ce qu’il
faut à la Bretagne et aux enfants de la Révolution
: des maîtres chrétiens – Des maîtres
qui forment l’homme tout entier, son cœur
aussi bien que son esprit –
En circulant à travers le diocèse, je
me rends bien compte que ces enfants sont abandonnés
à eux-mêmes : personne ne s’occupe
plus d’eux – cela ne peut faire naître
que délinquance et incivilité ! –
Si l’on veut les rendre libres, il faut leur
apprendre à lire et à écrire
– Pas d’autre solution – Et ceci
pour les garçons comme pour les filles –
Ces maîtres logeront au presbytère des
paroisses – Ils vivront au milieu des populations
tout en témoignant de leur foi – Il faut
que je revois ce prêtre ; il faut que nous travaillions
ensemble – C’est ensemble que nous réussirons
! »
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Décembre
1824 – Ploërmel – L’Abbé
Jean-Marie lit le courrier
que le frère Paul lui a adressé après
son arrivée à Dinan.
«
Père,
Par la présente lettre, je tenais à
vous confirmer notre arrivée. La maison dont
vous nous aviez parlé est en
fait l’ancien hospice. C’est lugubre…
C’était lugubre car, après une
semaine de travail, les choses sont déjà
beaucoup mieux. Je vous remercie de m’avoir
confié le frère André. Sans lui,
je crois que j’aurai abandonné. C’était
vraiment trop dur. Il a si bien su parler aux gens
des alentours que ceux-ci se sont émus de notre
situation. Ils nous ont apportés des meubles,
du linge et du bois de chauffage. Dès le début
de la semaine prochaine, nous pourrons commencer la
classe. Espérons qu’ils seront nombreux…
Frère Paul »
L’Abbé Jean-Marie rédige
aussitôt un petit billet de réponse.
«
Frère Paul,
J’ai bien reçu votre courrier. Je reconnais
bien en vous un Frère de l’Instruction
Chrétienne. Tenez bon et faites le bien autour
de vous. N’oubliez pas que vous formez des hommes,
tout entiers, leur cœur aussi bien que leur esprit.
Je vous rendrai visite au début du mois de
janvier si le climat le permet. Dieu vous bénisse.

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6
janvier 1838 – Brest. L’Abbé Jean-Marie
échange avec frère Philémon
prêt à embarquer sur la « Girafe
». Il part pour les Antilles.
Abbé Jean-Marie : Frère
Philémon, n’oubliez pas ce que j’ai
dit lors de la retraite : « Il faut que les
frères y aillent librement et avec joie ! ».
Frère
Philémon : Père,
comment pourrait-il en être autrement ? Je suis
heureux de partir : cette mission est exaltante.
A. J.-M. : Préparer
l’émancipation des esclaves, leur apprendre
le bon usage de la liberté mais aussi le nom
de Jésus : quelle belle mission ! Comme j’aimerais
être des vôtres. Faites bien attention
à vous et à vos confrères.
F. P. : Soyez-en
sûr, nous poursuivrons l’œuvre commencée
en Bretagne. Nous irons jusqu’au bout.
A. J.-M. : Rappelez-vous
bien. Vous partez pour toujours. Vous aurez de grandes
joies mais assurément aussi de grandes difficultés.
Ayez confiance en Celui qui vous a appelés.
S’il vous arrivait de vous décourager,
rappelez-vous que c’est la nuit que naît
la rosée.
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